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Syrie : La rébellion débordée par ses extrémistes

dimanche 19 janvier 2014, par siawi3

Jean-Pierre PERRIN `

18 décembre 2013 à20:56
Source : http://www.liberation.fr/monde/2013/12/18/la-rebellion-debordee-par-ses-extremistes_967582

En perte de vitesse, l’Armée syrienne libre, fer de lance du combat contre Damas, voit la guerre se muer en face-face entre jihadistes et loyalistes.

Lors de sa venue àParis en juillet, le général Selim Idriss, le chef de l’Armée syrienne libre (ASL), le bras armé de la Coalition nationale de l’opposition, affirmait sans peur du ridicule que la montée en puissance des formations jihadistes en Syrie n’était qu’une « invention » des journalistes occidentaux. Six mois plus tard, cet officier n’est pas sà»r de pouvoir revenir dans les zones rebelles, précisément àcause de ces mêmes groupes islamistes dont il minimisait systématiquement l’importance. A l’inverse, les forces qu’il dirige ont fondu au point qu’elles apparaissent aujourd’hui comme négligeables sur le terrain. Dernier revers, la perte, la semaine dernière, du poste frontalier de Bab el-Hawa, un point de passage stratégique sur la frontière turque que se partageaient différents groupes rebelles. L’ASL y avait aussi son quartier général et divers dépôts d’armes et de munitions qu’elle a aussi perdus au détriment d’une nouvelle coalition rebelle, créée début décembre, le Front islamique. Revers qui a été suivi par la fuite de plusieurs autres commandants d’unités de l’ASL qui, craignant pour leur vie, se sont réfugiés en Turquie. Désormais, il est àcraindre que la guerre en Syrie se résume de plus en plus àun face-à-face entre les groupes islamistes, dont une partie est jihadiste, et les forces fidèles àBachar al-Assad.

Au départ non violente, la révolte syrienne s’est militarisée àpartir de l’été 2011 pour faire face àla féroce répression des forces loyalistes qui massacraient les manifestants. La mission de l’ASL, constituée de déserteurs, bientôt rejoints par des civils, est donc de les protéger. Elle va peu àpeu s’employer àtenir les villes qui se sont soulevées. Première faiblesse, les officiers de l’armée syrienne qui l’ont rejointe viennent plutôt de l’intendance et de la logistique, les postes importants étant, le plus souvent, l’apanage des Alaouites. Certes, une cinquantaine de généraux ont fait défection mais c’est bien peu au regard des 1 200 que compte l’armée syrienne.

Limites. L’ASL va montrer sa détermination pendant le long siège de Homs, encerclé par la 4e Division blindée. Mais c’est làqu’on verra ses limites : aucune autre unité de l’ASL ne va se porter àson secours ni chercher àcouper les voies d’approvisionnement des troupes loyalistes. La création d’un Conseil de commandement suprême ne change guère la donne. « L’ASL n’a jamais vraiment existé sur le terrain. Il s’agit avant tout d’un logo attribué àdivers groupes rebelles », résume Frédéric Balanche, directeur du groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée. Nombre de ces groupes, comme les Brigades du Towhid qui opèrent àAlep, ont d’ailleurs des agendas islamistes. « Si elles faisaient partie de l’ASL, c’est parce qu’elles espéraient bénéficier des livraisons d’armes des pays occidentaux », ajoute-t-il. Quand il s’avérera que ces livraisons n’auront pas lieu, ces groupes quitteront l’ASL. Le refus des Etats-Unis d’intervenir, contrairement àleurs promesses, après l’attaque aux armes chimiques, accélérera le mouvement. L’ASL est aussi gangrenée par les groupes mafieux qu’elle a pris sous son aile pour gonfler ses effectifs mais qui ont largement contribué àla discréditer.

Fracture. Le 22 novembre est créé le Front islamique qui fédère sept des plus puissants groupes rebelles et compte dans ses rangs la plupart des meilleurs commandants de l’insurrection. Le 3 décembre, la rupture avec l’ASL est consommée : le Front islamique claque la porte de l’état-major. Celui-ci se définit comme une « formation politique, militaire, sociale indépendante, qui cherche àrenverser totalement le régime Al-Assad et àconstruire un Etat islamique d’une stricte orthodoxie ». Il annonce qu’il se dotera d’un bureau unique chargé de recueillir et distribuer toute l’aide militaire qui lui parviendra. C’est sans doute àla pression des très riches financiers du Golfe, àcommencer par ceux du Koweït, qui ont conditionné leur aide matériel àla création d’une structure unitaire, qu’on doit la création d’un tel bureau.

Mais la donne va se compliquer avec la poussée de deux groupes jihadistes. Le front al-Nosra est créé en janvier 2012 par des jihadistes liés àAl-Qaeda venus d’Irak et des islamistes relâchés par le régime. Une scission intervient et donne naissance àl’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) qui, tout en combattant le régime, s’est engagé dans des règlements de compte avec les autres formations rebelles.

Au départ, l’ASL cherche às’entendre avec ces combattants aguerris et prêts àse battre jusqu’àleur dernier souffle. La fracture intervient le 11 juillet dernier : un des meilleurs commandants de l’ASL, Kamal Hamami, homme jeune, favorable aux idéaux démocratiques, est tué àl’issue d’une rencontre avec un responsable de l’EIIL, un jihadiste irakien du nom de Abou Ayman al-Baghdadi, dans la province de Lattaquié.

Selon une récente étude de l’IHS Jane’s Terrorism and Insurgency Center, les jihadistes du Front al-Nosra et de l’EIIL représentent àprésent près de la moitié des forces rebelles contre 10 à15% pour l’ASL. Dernier revers pour elle, la suspension, la semaine dernière, par Washington et Londres de leurs livraison de matériel non létal depuis la perte de Bab el-Hawa dans la crainte qu’il tombe entre les mains des groupes radicaux.