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Israel : Le combat souterrain des sionistes religieux contre le plan Kerry

mercredi 5 février 2014, par siawi3

Source : http://www.lefigaro.fr/international/2014/01/30/01003-20140130ARTFIG00343-proche-orientle-combat-souterrain-des-sionistes-religieux-contre-le-plan-kerry.php

Par Cyrille Louis
Mis àjour le 30/01/2014 à19:36

Photo : Naftali Bennett, ministre de l’économie et président du Foyer juif.
Ce groupe de pression s’inquiète d’un accord qui entraînerait le départ d’une partie des colons de Cisjordanie.

Faut-il y voir un signe que les négociations pilotées par John Kerry, après plusieurs mois d’apparente paralysie, progressent enfin ? En Israë l, le camp sioniste religieux peine en tout cas àmasquer une certaine fébrilité alors que le secrétaire d’État américain se dit sur le point de présenter un projet d’« accord-cadre » entre les deux parties. Cette mouvance proche des colons, représentée par le Foyer juif de Naftali Bennett ainsi que par l’aile droite du Likoud, craint que Benyamin Nétanyahou ne se rallie àla partition de Jérusalem et àla création d’un État palestinien sur la base des frontières de 1967. Deux concessions àleurs yeux parfaitement intolérables.

Longtemps resté relativement discret, le leader d’extrême droite Naftali Bennett menace désormais de quitter le gouvernement, où il siège en tant que ministre de l’Économie, en cas de percée des négociations. « Nous ne participerons pas àune coalition qui, sous la pression internationale, diviserait Jérusalem et mettrait notre sécurité en péril », martèle-t-il. La députée ultranationaliste Miri Regev, issue des rangs du Likoud, a enfoncé le clou en proposant de brider par la loi « toute concession qui menacerait le caractère juif de l’État d’Israë  », dès lors que celle-ci n’aurait pas reçu l’aval de la Knesset. Un message visiblement reçu par Benyamin Nétanyahou, qui a récemment fait connaître son refus d’évacuer les colonies de Beit El et d’Hébron, pourtant situées au beau milieu de la Cisjordanie. Ces sites bibliques, a-t-il justifié, « sont importants pour le peuple israélien ».

Les sionistes religieux, qui attribuent àl’occupation de la Cisjordanie une portée messianique, savent qu’un accord de paix entraînera l’évacuation d’une partie des 350 000 colons qui s’y sont établis, en violation de la légalité internationale, après 1967. Ils n’ont rien oublié du traumatisme vécu lors de l’évacuation de Gaza, décidée par Ariel Sharon en 2005, sans qu’ils parviennent àl’empêcher. « Cet épisode a constitué un tournant pour le courant national religieux qui, longtemps perçu comme une force d’avant-garde, se sent désormais relégué àla marge de la société israélienne », explique Avinoam Rosenak, professeur àl’Université hébraïque de Jérusalem.
Le traumatisme de Gaza

Fort de leur relatif succès aux dernières législatives - ils ont empoché 20 sièges de députés sur 120 et 4 portefeuilles ministériels -, les représentants de la droite religieuse s’efforcent pour l’heure de dissimuler leur inquiétude. « Nous demeurons le lobby le plus influent sur la scène politique israélienne et avons de bonnes raisons de croire que le gouvernement ne fera pas de concessions déraisonnables », assure Danny Dayan, responsable du Conseil des colonies de Cisjordanie, qui promet de s’opposer par tous les moyens légaux àla création d’un État souverain de Palestine.

« Le courant national religieux joue en fait sur un double tableau, observe Ofer Zalzberg, analyste àl’International Crisis Group, qui vient de publier un rapport sur cette mouvance politique. Dans le rôle du modéré, Naftali Bennett rejette la solution àdeux États, mais promet qu’il se conformera àla décision du peuple israélien si celle-ci s’exprime lors d’un référendum. En coulisses, cependant, son allié Uri Ariel, ministre du Logement, ne ménage pas ses efforts pour accélérer la colonisation en Cisjordanie et àJérusalem-Est, avec l’espoir évident de torpiller les négociations. »

En cas d’accord entre Israéliens et Palestiniens, l’universitaire Avinoam Rosenak estime que la majorité des sionistes religieux se soumettront, la mort dans l’âme, àla décision du gouvernement. « Nul ne peut en revanche prédire quelle sera la réaction de la minorité plus radicale, qui s’est structurée après 2005 en réponse àl’évacuation de la bande de Gaza », prévient-il. Depuis quelques semaines, les responsables du Foyer juif prennent ostensiblement leurs distances avec ces « jeunes des collines », qui multiplient les actes de vandalisme contre les villages palestiniens. « S’il veut un accord qui ne soit pas immédiatement torpillé par ses détracteurs, Nétanyahou devra faire en sorte d’y rallier la frange raisonnable des sionistes religieux, estime Ofer Zalzberg. À ce prix seulement, il pourra marginaliser les colons les plus radicaux, et réduire ainsi leur pouvoir de nuisance. »