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« L’Algérie toujours. Chronique d’une vie », de Maurice Tarik Maschino.

BOOK REVIEW

vendredi 21 février 2014, par siawi3

Source : http://www.elwatan.com/hebdo/arts-et-lettres/maschino-l-algerien-25-01-2014-243339_159.php

La chronique Africaine de Benaouda Lebdaï
Maschino l’Algérien

le 25.01.14

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En feuilletant l’ouvrage L’Algérie toujours de Maurice Tarik Maschino, je pensais entrer dans une autobiographie décrivant tout simplement le parcours d’un intellectuel français de gauche qui a décidé de se rendre en Algérie après l’indépendance du pays pour aider ce dernier dans le domaine de l’éducation, car il fallait assurer la rentrée scolaire de 1962, vu le départ massif des enseignants pieds-noirs.
En effet, à cette période de tous les possibles, d’autres Français, les pieds-rouges comme on les appelait, qui avaient souvent soutenu l’indépendance de l’Algérie, arrivaient en nombre. Avec surprise, je fus happé dans un tourbillon de confidences, d’histoires intimes et personnelles. En effet, le lecteur pénètre avec aisance dans le monde de Maurice Maschino, à travers l’itinéraire d’une vie significative et particulière qui étonne mais dont on comprend les tenants et les aboutissants. Le discours narratif révèle une personnalité forte.

La vie de Maurice Maschino est dense mais, dans le même temps, d’une banalité déconcertante et c’est là où l’ouvrage est à la fois simple et complexe, contradictoire. La lecture de ce récit publié chez Dalimen m’a entraîné donc dans les méandres d’une autobiographie où la réflexion tient une grande place : introspections, regards sociologiques, pensées sur la politique... Les années ‘60 et ‘70 sont passées au peigne fin à travers le lien entre Maschino et l’Algérie. Ce lien se construit petit à petit, au fil des événements de la vie personnelle d’un jeune enseignant de lettres et de philosophie. Celui qui a refusé de faire la guerre, appelé à rejoindre le premier régiment de Chasseurs d’Afrique à Oran en 1957, dit les choses sans forfanterie. Son refus venait du fait qu’il ne voulait pas « participer à la répression d’un peuple qui luttait pour sa liberté », il ne voulait pas « se conduire comme se conduisent les Allemands dans la France occupée ».

A partir de là, la vie de Maschino devint irrémédiablement imbriquée à l’histoire de l’Algérie. Avec une sincérité remarquable, il narre ses moments de vie durant la colonisation comme à Ouezzane, au Maroc, où il enseigne. Le comportement des colons vis-à-vis des Marocains l’a choqué et s’y retrouve avec plus d’affinité avec les autochtones qu’avec une communauté française qui se sentait toujours supérieure. Son engagement pour la décolonisation auprès de révolutionnaires algériens s’est concrétisé dès sa décision de rejoindre les membres du GPRA à Tunis.

Puis viennent les premières années de l’indépendance, les années ‘70 à Alger, avec cette conscience politique toujours en alerte, toujours fidèle aux premiers engagements, toujours combattante. La liberté de conscience était alors exprimée en tant qu’enseignant de philosophie au lycée Emir Abdelkader (où je fus brièvement son élève de philo). Cette liberté de dénoncer les travers de la société s’exprimait aussi à la Radio Chaîne III, dans une émission de débats qu’il animait avec son épouse, Fadéla M’rabet. Il avait rencontré cette dernière sur les hauteurs d’Alger, un jour de juillet 1962, ce qui scella son destin définitif avec l’Algérie. Son mariage avec Fadéla lui permit de continuer son combat pour une Algérie libre et ouverte au monde, puisqu’il avait opté pour la nationalité algérienne, devenant Tarik Maschino.

L’Algérie toujours apporte les clés pour comprendre cette vie d’un émigré russe en France qui devint Algérien. Maurice T.

Maschino révèle et raconte donc son origine et son enfance à Paris. A l’école, au collège il s’est toujours senti différent des autres petits Français. Il s’est toujours senti « autre » car rejeté. Il a connu ce que beaucoup d’émigrés ont expérimenté, en l’occurrence la dualité de l’être pris entre deux cultures, celle de la maison où on parlait russe, et celle de l’école et de la rue et de l’école où on parlait français.

Vivre une culture russe à l’intérieur et une vie française à l’extérieur, développa chez lui et à vie un sentiment d’étrangeté : ne jamais se sentir à sa place là où on est. Il ne s’est senti français que par la lecture des philosophes et des grands auteurs du Siècle des Lumières, et en découvrant Jean-Paul Sartre. Nous nous sommes revus, avec son épouse Fadéla M’Rabet, lors du dernier Salon International du Livre d’Alger. Il donne toujours ce sentiment d’être étranger partout, et je ne l’ai compris qu’après la lecture de L’Algérie toujours dans lequel ce mal-être est bien décrit, avec sensibilité, pudeur et précision dans les termes et dans la pensée.

Cet ouvrage autobiographique révèle ce que peut être la trajectoire d’un homme qui décide du cours de sa vie, dont les lectures influent de manière positive sur son engagement et sa détermination d’aller au bout de ses idées. Maurice Tarik Maschino évoque aussi ses désillusions quant au chemin qu’a pris le pays, mais il combat toujours toutes les formes de discrimination, il se bat par l’écriture pour la liberté des actes et de la parole. L’Algérie des espoirs est sans nul doute son lieu d’ancrage et de stabilité, aussi bien sur le plan personnel qu’idéologique. Tarik Maschino est un intellectuel et un combattant algérien qui n’a jamais rien demandé mais qui devrait être honoré.

« L’Algérie toujours. Chronique d’une vie », de Maurice Tarik Maschino.
Editions Dalimen, Alger, 2012, 161 pages, 500 DA.

Benaouda Lebdaï