Subscribe to Secularism is a Womens Issue

Secularism is a Women’s Issue

Accueil > impact on women / resistance > Israel : POUR UNE PAIX DURABLE ECOUTEZ LES FEMMES

Israel : POUR UNE PAIX DURABLE ECOUTEZ LES FEMMES

samedi 16 août 2014, par siawi3

Toutes les versions de cet article : [English] [français]

Source : http://www.thecitizen.in/NewsDetail.aspx?Id=120&FOR/LASTING/PEACE,/LISTEN/TO/WOMEN

PAR ADITI BHADURI

New Delhi : Anael, une de mes amies israélienne, a mis récemment ce message sur sa page Facebook. C’était un croquis de l’Abraham de la Bible, prêt à plonger un couteau dans son petit garçon, et une main intervenant par derrière. En-dessous il y avait le message suivant : « Un Appel à toutes les femmes : Abraham a échoué au test que Dieu lui a imposé. Il était prêt à sacrifier son fils. C’est pourquoi Dieu avait dû lui envoyer un ange pour l’arrêter. Sarah aurait réussi le test. Hajar aurait réussi le test. Il est temps que les femmes reprennent la direction de cette maison. Il est temps que nous reconnaissions notre rôle : nous sommes ici pour défendre nos enfants. Nous ne sommes pas ici pour les envoyer nous défendre. »
Mon amie a présenté une alternative – certains l’appellerait même un virage féministe de l’histoire d’Abraham et de son grand sacrifice. Abraham est considéré comme l’ancêtre commun des Juifs et des Arabes, par ses fils Isaac et Ismaël, respectivement. Pourtant, comme l’a montré la dernière conflagration à Gaza, en aucun cas la première – les Arabes et les Juifs répandent le sang l’un de l’autre. Alors que le conflit se déjouait sur nos écrans de télévision, et dans les médias sociaux, des femmes, à la fois en Israël et à Gaza ou bien perdaient leurs enfants ou craignaient la possibilité très réel de les perdre à tout moment.

Le message sous l’image d’Abraham continuait : « Croyez-vous vraiment qu’il est juste d’envoyer votre fils mourir pour vous ? C’est non. Je ne peux pas protéger les générations à venir en tuant les générations à venir, en leur enseignant à tuer, en leur enseignant de mourir pour moi. Je peux les protéger : je peux les protéger en leur enseignant à vivre et à chérir la vie, en leur enseignant le côté sacré de la vie – n’importe quelle vie, toutes les vies…Je peux les protéger en leur enseignant à insister sur l’espoir et à persister dans l’espoir.
Femmes : il est temps pour nous de nous lever et de protéger notre jeune. »

Effectivement, des femmes comme Anael veulent se lever pour protéger leur jeune – son fils a été envoyé comme faisant partie de la Force de Défense d’Israël à Gaza, quand Israël a décidé de lancer une offensive pour traquer le Hamas. Mais quelle mère peut voir son fils partir pour la guerre ? Et comment peut-elle supporter le fait qu’il peut finir par tuer des gens pareils à lui – avec une maison, des enfants et des problèmes domestiques ?

J’avais rencontré Anael en 2006, en Turquie, pendant une deuxième conférence d’Israéliens et de Palestiniens. Ensemble avec une contrepartie arabe, elle était engagée dans un travail de construction de la paix par une initiative appelée Créativité pour la Paix dans laquelle des femmes israéliennes et palestiniennes, la plupart jeunes, se rencontraient et par des activités communes de divertissement comme la danse, le yoga, l’écriture de poèmes, la peinture en venaient à se connaître. Je me souviens distinctement, en rentrant chez moi, d’un Iranien solitaire participant à cette conférence, un chercheur supérieur de Téhéran, qui avait exprimé sa stupéfaction devant ce qu’il avait trouvé quand il s’était introduit, par erreur, dans une session de Créativité pour la Paix : une Israélienne et une Palestinienne se regardant mutuellement, avec les larmes coulant sur leurs visages. Des réactions comme celles-ci ne sont pas rares quand les deux groupes viennent ensemble.

Anael n’a pas été seule dans son aspiration à une existence sans conflit. Une des actions organisée tôt dans ce but a été le mouvement des Femmes en Noir (FEN) qui avait débuté comme une manifestation locale en Israël en décembre 1987, peu après que la première Intifada, ou soulèvement ait éclaté en Cisjordanie. Un petit groupe de femmes israéliennes de Jérusalem- des militantes de gauche, des universitaires et des femmes ordinaires – ont décidé de lancer une simple manifestation pour exprimer leur croyance en la paix. Jusqu’à aujourd’hui, une fois par semaine, elles se réunissent au Square de Paris, au centre de Jérusalem, habillées de noir et levant leur panneau caractéristique « mains noires »( ???) portant une seule ligne ’End the Occupation’ écrit en arabe, en anglais et en hébreu. J’avais rencontré pour la première fois le groupe en 2001 à Jérusalem ; depuis lors, pendant mes quelques visites là-bas, j’ai vu des participantes s’assembler consciencieusement même en « temps normaux » quand il n’y avait pas d’échanges de tir entre les deux côtés.
D’après Gila Svirsky, l’une des personnes la plus connue de ce mouvement, les FENs sont nées par amour pour Israël. Les participantes voulaient qu’Israël vive en paix avec les Palestiniens. L’occupation corrompait la société israélienne, sans réaliser une paix durable. Et, bien sûr, alors que la violence à Gaza montait ces dernières semaines, les FENs ont tenu leurs vigies partout en Israël

Bien sûr, les tentatives à une résolution du conflit n’ont pas eu lieu que d’un seul côté. Des femmes arabes comme Khulood Badawi, une membre des FENs, a participé en solidarité avec ses soeurs juives. Badawi rappelle combien elle avait été stupéfaite de voir des femmes juives, leur « ennemi » déclaré, être attaquées par des soldats israéliens pendant une manifestation au checkpoint de Al Ram, un des points d’entrée vers Ramallah, en Cisjordanie, « J’ai vu de vieilles femmes juives confronter des soldats israéliens armés. Ces femmes étaient dans la zone de tir par égard pour les Arabe…cela m’a touché profondément. »
C’est probablement un des plus grands dividendes que rapporte la construction de la paix : cela change les perspectives en permettant à l’un de connaître le point de vue de l’autre, finalement mettant en place une réaction en chaîne – de la peur vers la connaissance, la compréhension et finalement la réconciliation.

Cette transformation a été incarnée par Dr Nurit Peled Elhanan, une universitaire israélienne qui a perdu sa fille de 13 ans, Smadar, en 1997, dans un attentat suicide palestinien. Depuis lors, Dr Elhanan a considéré une guerre comme un exercice vain qui ne fait que détruire. Dans un discours émouvant d’il y a quelques années, elle avait dit : « …les guerres inutiles où nos enfants sont forcés de se battre…pour soi-disant l’amour du pays….Mais la vérité est que ces guerres sont entreprises pour aucune autre raison que la démence et la mégalomanie de soi-disant dirigeants…Pour eux, les enfants ne sont que des notions abstraites : Tu tues un des miens, je tuerai 300 des tiens et le compte est réglé…Mais moi qui ait perdu ma fille unique, je sais que la mort de tout enfant signifie la mort du monde entier… » Dr Elhanan a consacré son temps à forger un dialogue avec les Palestiniens par les Familles en deuil palestiniennes et israéliennes pour la Paix qui rassemble des gens qui ont perdu un être aimé de manière similaire.

A côté des pertes définitives, les militantes Hannah Safran et Assia Istoshina ont noté qu’il y a un nombre d’autres moyens dans lesquels les femmes subissent les conséquences de la guerre. Un rapport récent par l’Index de sécurité des femmes (WSI), un groupe qui comprend six organisations de femmes palestiniennes et juives, a révélé que pendant la période actuelle de combats à Gaza, les téléphones rouges pour la violence domestique en Israël ont rapporté une augmentation aigue des appels. De plus, les femmes arabes aussi dans le pays, ont été trouvées très vulnérables à cause des missiles tirés par le Hamas et le sens qui prévaut d’un « nationalisme » plus élevé. Et pourtant Safran a dit « les femmes n’ont pas abandonné. Elles sont à l’avant-plan des manifestations contre la guerre. »
Les FENs ont continué leurs vigies continuellement, un autre groupe a monté une tente de deuil à Tel Aviv, des femmes palestiniennes et juives dans le nord d’Israël ont organisé « des réflexions contre la guerre » et même celles qui autrement ne sont pas politiquement actives ont créé un groupe Facebook appelé Khalas, Enough, Dai (arabe, anglais, hébreu) (ASSEZ).

Comme Anael l’avait commenté sur sa page Facebook : « C’était plus facile de ne connaître que le récit de son propre peuple – mais aujourd’hui, ayant rencontré l’autre côté, cœur contre cœur, les yeux dans les yeux, pendant toutes ces années, je sens les lézardes qui brisent la carapace …ne suis pas sûre de supporter une autre perte – que ce soit un de nos garçons ou un de ceux que je connais et que j’aime de Gaza »

Il est temps d’écouter ces Sarahs et ces Hajars.

(Women’s Feature Service)