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Desmond Tutu : Mon appel au peuple d’Israël : Libérez-vous vous-mêmes en libérant la Palestine

jeudi 21 août 2014, par siawi3

Toutes les versions de cet article : [English] [français]

Traduction Avaaz.org [avaaz avaaz.org]

L’Archevêque émérite Desmond Tutu, dans un article exclusif pour Haaretz, appelle à un boycott global d’Israël et exhorte les Israéliens et les Palestiniens à regarder au-delà de leurs dirigeants pour une solution durable à la crise en Terre sainte.

Par Desmond Tutu, le 14 août 2014

Photo : Un enfant à côté d’une photo de Nelson Mandela dans une manifestation pro-palestinienne à Cape Town, le 9 août 2014

Les dernières semaines ont été témoin d’une action sans précédent par des membres de la société civile dans le monde entier contre l’injustice de la réponse brutale, disproportionnée d’Israël à l’envoi de missiles à partir de la Palestine.

Si vous additionner tous les gens qui se sont rassemblés les derniers week-end pour réclamer justice en Israël et en Palestine – à Cape Town, Washington D.C., New York, Delhi, Londres, Dublin et Sydney , et toutes les autres villes – c’était probablement le plus grand tollé actif par des citoyens pour une raison unique dans l’histoire du monde.

Il y a un quart de siècle, j’ai, participé à certaines manifestations bien suivies contre l’apartheid. Je n’avais jamais imaginé qu’on verrait encore des manifestations de cette taille, mais samedi dernier, la participation à Cape Town était aussi grande, si pas plus. Les participants comprenaient des jeunes et des vieux, de Musulmans, des Chrétiens, des Juifs, des Hindous, des Bouddhistes, des agnostiques, des athées, des Noirs, des Blancs, des Rouges et des Verts…comme on pouvait s’y attendre d’une nation vibrante, tolérante et multiculturelle.

J’ai demandé à la foule de scander avec moi : « Nous sommes opposés à l’injustice de l’occupation illégale de la Palestine. Nous sommes opposés au massacre indiscriminé à Gaza. Nous sommes opposés à l’indignité infligée aux Palestiniens aux checkpoints et aux barrages routiers. Nous sommes opposés à la violence perpétrée par toutes les parties. Mais nous ne sommes pas opposés aux Juifs. »

Plus tôt cette semaine, j’ai appelé à la suspension d’Israël de l’Union internationale des architectes, qui se rencontrait en Afrique du Sud.

J’ai appelé les sœurs et les frères israéliens présents à la conférence à se dissocier activement eux-mêmes et leur profession du plan et de la construction d’une infrastructure en relation avec la perpétuation de l’injustice, comprenant la barrière de séparation, les terminaux de sécurité et les checkpoints, et les colonies bâties sur le territoire de la Palestine occupée.

« Je vous implore de ramener ce message chez vous : Je vous en prie, tourner le courant contre la violence et la haine en rejoignant le mouvement de non-violence pour la justice pour tous les peuples de la région, » ai-je dis.

Ces dernières semaines, plus de 1,6 millions de personnes ont signé pour ce mouvement en rejoignant la campagne de Avaaz appelant les entreprises qui profitent de l’occupation israélienne et/ou sont impliquées dans les abus et la répression contre les Palestiniens de se retirer. La campagne visait spécifiquement le Fonds de pensions hollandais ABP ; la banque Barclays ; les fournisseurs de systèmes de sécurité G4S ; la compagnie de transport française Veola ; la compagnie d’ordinateurs Hewlett-Packard ; et le fournisseur de bulldozers Caterpillar.

Le mois dernier, 17 gouvernements européens ont exhorté leurs citoyens d’éviter de faire des affaires dans les colonies israéliennes illégales ou d’y investir.

Nous avons aussi été témoins récemment du retrait par le Fonds de pensions hollandais PGGM de dizaines de millions d’euros des banques israéliennes ; du désinvestissement de G4S par la Fondation Bill et Melinda Gates ; et l’église presbytérienne US a désinvesti +/- $21 millions de HP, Motorola Solutions et de Caterpillar.

C’est un mouvement qui gagne de la vitesse.

La violence engendre la violence et la haine, qui engendrent plus de violence et de haine.

Nous Sud-Africains, savons ce qu’est la violence et la haine. Nous comprenons la douleur d’être le putois du monde ; quand il semble que personne ne comprend ou ne veut même pas écouter notre perspective. C’est de là, que nous venons. Nous savons aussi quel bénéfice nous a finalement valu le dialogue entre nos dirigeants ; quand des organisations qualifiées de « terroristes » n’ont plus été interdites et que leurs dirigeants, y compris Nelson Mandela, ont été relâchés de prison, de bannissement et d’exil. Nous savons que quand nos dirigeants se sont mis à se parler, la logique de la violence qui avait délabré notre société s’est dissipée et a disparu. Des actes de terrorisme commis après le commencement des discussions – comme des attaques contre une église et un bar – ont été presque universellement condamnés, et le parti tenu pour responsable repoussé dans les urnes de votes.

L’exaltation qui a suivi notre vote ensemble pour la première fois, n’a pas été l’apanage des Sud-africains noirs seulement. Le triomphe réel de notre solution pacifique a été que tout le monde se sentait inclus. Et plus tard, quand nous avons dévoilé une constitution si tolérante, compatissante et exhaustive qu’elle rendrait Dieu fier, nous nous sommes tous sentis libérés.

Bien sûr, cela a aidé d’avoir un groupe de dirigeants extraordinaires.

Mais ce qui a finalement forcé ces dirigeants à se mettre ensemble à la table de négociations avait été le cocktail d’outils convaincants, non-violents qui s’étaient développé pour isoler l’Afrique du Sud économiquement, académiquement, culturellement et psychologiquement. A un certain moment, - le point marquant – le gouvernement d’alors a réalisé que le coût de tenter de préserver l’apartheid l’emportait sur les bénéfices.

Le retrait du commerce avec l’Afrique du Sud par des entreprises multinationales animées d’une conscience dans les années 1980 a été finalement un des leviers majeurs qui a mis l’état de l’apartheid – sans effusion de sang – sur les genoux. Ces entreprises comprenaient qu’en contribuant à l’économie de l’Afrique du Sud, elles contribuaient au maintien d’un statut quo injuste.

Ceux qui continuent à faire des affaires avec Israël, qui contribuent à un sentiment de « normalité » dans la société israélienne, rendent un mauvais service aux gens d’Israël et de Palestine. Ils contribuent à la perpétuation d’un statut quo profondément injuste. Ceux qui contribuent à l’isolement temporaire d’Israël disent que les Israéliens et les Palestiniens sont également habilités à la dignité et à la paix.

Finalement, les événements à Gaza, pendant le mois écoulé seront un test pour savoir qui croit dans la valeur des êtres humains.

Il devient de plus en plus clair que les politiciens et les diplomates ont échoué à trouver des réponses et que leur responsabilité pour arranger une solution durable à la crise en Terre sainte repose chez la société civile et les peuples d’Israël et de Palestine eux-mêmes.

Outre la dévastation récente de Gaza, des humains décents partout – y compris beaucoup en Israël –sont profondément choqués par les violations quotidiennes de la dignité humaine et de la liberté de mouvement auxquels les Palestiniens sont soumis aux checkpoints et aux barrages routiers. Et la politique d’occupation illégale d’Israël et la construction de colonies zone tampon en territoire occupé aggrave la difficulté de réaliser à l’avenir un accord territorial qui soit acceptable pour tout le monde.

L’Etat d’Israël se comporte comme s’il n’y avait pas de lendemain. Son peuple ne vivra pas la vie pacifique et en sécurité à laquelle il aspire terriblement – et à laquelle ils ont droit – aussi longtemps que leurs dirigeants perpétuent les conditions qui maintiennent le conflit.

J’ai condamné ceux qui en Palestine sont responsables de tirer des missiles et des roquettes en Israël. Ils attisent les flammes de la haine. Je suis opposé à toutes les manifestations de violence. Mais on doit être très clair que le peuple de Palestine a tout à fait le droit de lutter pour sa dignité et sa libération. C’est une lutte qui a le soutien de beaucoup de gens dans le monde.

Aucun des problèmes créés par l’homme n’est intraitable quand des humains mettent leur tête ensemble avec le désir sincère de les surmonter. Aucune paix n’est impossible quand les gens sont déterminés à la réaliser. La paix requiert que les gens d’Israël et de Palestine reconnaissent l’être humain entre eux-mêmes et dans l’autre ; de comprendre leur inter dépendance.

Des missiles, des bombes et des invectives grossières ne font pas partie de la solution. Il n’y a pas de solution militaire. Il est plus probable que la solution vienne de la boîte d’outils non-violents que nous avons développé en Afrique du Sud dans les années 1980, pour persuader le gouvernement de la nécessité de modifier sa politique. La raison pour laquelle ces outils – boycott, désinvestissement et sanctions – se sont finalement avérés efficaces est qu’ils avaient une masse cruciale de soutien, à la fois à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Le genre de soutien dont on a été témoin dans le monde, ces récentes semaines, en rapport avec la Palestine.

Mon appel au peuple d’Israël est de voir au-delà du moment, de voir au-delà de la colère de se sentir perpétuellement assiégé, de voir un monde dans lequel Israël et la Palestine peuvent coexister – un monde où règne une dignité et un respect mutuels. Cela exige un changement de l’état d’esprit. Un changement de l’état d’esprit qui reconnaisse que tenter de perpétuer le statut quo actuel, c’est condamner les générations futures à la violence et à l’insécurité. Un état d’esprit qui cesse de considérer une critique légitime d’une politique d’état comme une attaque contre le judaïsme. Un état d’esprit qui commence chez soi et se répercute dans les communautés, les nations et les régions – jusqu’à la Diaspora dispersée dans le monde que nous partageons. Le monde unique que nous partageons.

Des personnes unies par la poursuite d’une cause juste ne sont pas à stopper. Dieu n’interfère pas dans les affaires de gens, espérant que nous grandiront et apprendrons en résolvant nos difficultés et nos différences nous-mêmes. Mais Dieu n’est pas endormi. Les Ecritures juives nous disent que Dieu a un penchant pour les faibles, les dépossédés, la veuve, l’orphelin, l’étranger qui libère les esclaves lors d’un exode vers la Terre promise. C’est le prophète Amos qui a dit qu’on devrait laisser couler la vertu comme une rivière.

La bonté prévaut à la fin. La poursuite de la libération pour le peuple palestinien de l’humiliation et de la persécution par la politique d’Israël est une cause juste. C’est une cause que le peuple d’Israël devrait soutenir.

Nelson Mandela a rudement bien dit que l’Afrique du Sud ne se sentirait pas libre jusqu’à ce que les Palestiniens soient libres. Il aurait pu ajouter que la libération de la Palestine libérerait Israël aussi.