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France : Paris, Agression d’Amina Sboui : ce que j’ai vu sur place

Témoignage

jeudi 28 août 2014, par siawi3

Source : http://www.huffingtonpost.fr/sabrine-bouzeriata/agression-damina-ce-que-jai-vu-sur-place_b_5723436.html?utm_hp_ref=france
Militante féministe tunisienne laïque

Sabrine Bouzeriata

Publication : 27/08/2014 18h29 CEST Mis àjour : 27/08/2014 18h34 CEST

Pour fêter le retour de mon amie Amina qui venait de passer quelques jours en Tunisie, nous avions prévu de sortir boire un verre mercredi dernier place de la Bastille, avec elle et mon petit copain Sami.

En fin de soirée, nous nous sommes dirigés vers le McDonald de Bastille pour manger un morceau avant de rentrer chez nous. En sortant du fast food, nous avons croisé un couple arabophone, apparemment d’origine algérienne si j’ai bien reconnu l’accent, dont la femme portait un voile.

L’homme a immédiatement reconnu Amina et a grommelé en passant près de nous « Amina, la pute ! » en arabe. Évidemment, Amina a immédiatement réagi en l’interpellant verbalement face àl’insulte qu’elle venait de recevoir, et a répondu, sans doute avec maladresse : « C’est ta femme, la pute », ironisant sur le machisme de certains qui ne supportent pas une stigmatisation qui divise les femmes en « femmes bien » et en prostituées.

Craignant que le conflit verbal ne dégénère, je me suis dirigée vers le couple afin de calmer le jeu, et je pensais avoir réussi puisqu’ils se sont éloignés. Pour nous, le dossier était clos, et nous avons continué notre chemin vers le restaurant Indiana. C’est làque je me suis aperçue que leur bande n’était pas seulement constituée d’un couple, mais d’un groupe de cinq àsix personnes, qui avait manifestement l’intention d’en découdre. En effet, ils se sont approchés de nous en nous insultant violemment en arabe, tandis que Sami et moi avons de nouveau tenté de calmer le jeu.

Peine perdue ! La sÅ“ur de la femme voilée s’est alors jetée sur Amina en lui assénant un grand coup de poing au nez, qui a aussitôt abondamment saigné. Face àcette première agression physique, Sami s’est immédiatement interposé pour la protéger, tandis que je prenais moi-même un coup de coude àl’abdomen qui m’a coupé le souffle. Un des leurs s’est àson tour dirigé vers Amina, leur cible de tabassage privilégiée, pour lui infliger un second coup qui aurait pu être fatal si Sami ne s’était pas interposé en les recevant. Le voici avec le nez cassé, un Å“il au beurre noir et une plaie entre l’Å“il et le front. Les pompiers qui sont intervenus quelques minutes plus tard ont diagnostiqué que son nez était bel et bien cassé.

C’est alors que la police est intervenue àson tour pour nous séparer. Amina et Sami baignaient dans leur sang suite àla violence des coups qu’ils ont reçus, une violence telle que j’ai cru un moment que leur intention était de la tuer. La partie adverse, elle, n’avait pas reçu le moindre coup, et pour cause. Je ne reconnaissais plus Sami àqui ont avait littéralement cassé la figure.

Tandis qu’un policier relevait notre identité, un homme en costume est arrivé en montrant son insigne de police. Il m’a demandé ce qui s’était passée. Très émue, j’ai commencé àlui raconter la scène, quand il m’a interrompue et a dit àMichel, un témoin qui nous avait rejoints : « Elle ne raconte que des bobards ». Pourquoi cette remise en cause de ma parole, quelques minutes àpeine après les faits et sans que la moindre enquête ou déposition aient été faites ?

La police a alors décidé d’embarquer Sami et Amina, et de les mettre en cellule de dégrisement. Mais nous n’étions pas au bout de nos peines ! Le lendemain, c’est avec stupeur que nous avons constaté que la police n’avait rien trouvé de mieux àfaire que d’appeler les médias pour leur présenter la seule version des faits de nos agresseurs. L’AFP, suivie de gros médias, ont alors partout titré qu’Amina avait agressé une femme voilée, alors même qu’elle était en garde àvue, le nez et le visage couverts de sang, et que sa prétendue victime n’avait rien.

Je ne parle même pas des autres erreurs, puisque Sami était présenté comme son petit ami àelle, et pas le mien. Notre avocat Martin Pradel a enfin pu s’exprimer, mais il a fallu attendre la deuxième partie de la journée pour que quelques articles se mettent àrelayer les deux versions des faits, suite au communiqué de l’association féministe les efFRONTé-e-s qui s’est émue de ce traitement policier et médiatique si peu neutre.

Aujourd’hui, je considère qu’il y a eu un jugement de valeur qui a accablé Sami et Amina, tout simplement parce qu’ils étaient, comme tant de jeunes lorsqu’ils font la fête àBastille, dans un état d’ébriété, sans prendre en compte ni les coups portés, ni leur parole. C’est pourquoi j’ai décidé de raconter àmon tour ce dont j’ai été témoin, en espérant que l’enquête va rapidement rétablir la vérité.