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Irak : Le déclin tragique du statut des femmes en Irak est le résultat de 30 ans de guerre et d’occupation.

jeudi 12 mars 2015, par siawi3

Les femmes irakiennes : « Les choses étaient tellement mieux avant »
Le déclin tragique du statut des femmes en Irak est le résultat de 30 ans de guerre et d’occupation.

Par : Hadani Ditmars

Mars 08, 2015 « ICH » - « Al Jazeera » –

A la lumière de la Journée internationale des femmes ainsi qu’à la désignation récente de la première femme comme maire de Bagdad, l’ingénieure civile Zekra Alwach, le moment est opportun pour rappeler les nombreuses « premières » dont les femmes irakiennes ont joui.

Le pays a nommé la première femme juge, la première femme ambassadrice et la première femme ministre dans le gouvernement dans le monde arabe. Les Irakiennes bénéficiaient de soins aux enfants et d’une éducation subsidiés par l’état ; elles ont autrefois constitué la moitié de la force de travail du secteur public et 50% des docteurs du pays.

Malheureusement, alors que s’approche le 12e anniversaire d’une invasion et d’une occupation désastreuse, il y a une autre « première » plutôt sinistre à considérer. On peut soutenir que les femmes irakiennes sont les premières à voir passer leur statut d’un des supérieurs dans la région à un des inférieurs, en moins de 20 ans. (Suivies maintenant de près par leurs sœurs syriennes.)

Analphabétisme

Alors que la plupart des informations sur la nouvelle maire de Bagdad ont été rapides à signaler le rapport de l’ONU qui informait sur le taux d’analphabétisme d’un quart des femmes irakiennes de plus de 12 ans, et le fait que seuls 14% des femmes font partie de la force de travail, elles manquent de tout contexte réel.

Le déclin tragique du statut des femmes n’a pas eu lieu dans le vide. C’était le résultat de 30 ans de guerre et d’occupation.

Bien que le verdict soit encore absent de savoir si l’ancienne membre du Parti Dawa et directrice du ministère de l’éducation supérieure Alwach sera vraiment capable d’implanter un quelconque programme progressiste pour assister les femmes qui souffrent de pauvreté rampante, de corruption et de violence dans une capitale assiégée, la plupart sont d’accord que n’importe qui vaut mieux que l’ancien maire, Naim Aboub, un drôle d’individu incompétent qui refusait de quitter son poste.

Mais la femme qui a supervisé la construction de la nouvelle banque nationale irakienne à Londres, a certainement un travail taillé pour elle.
Après que huit ans de guerre avec l’Iran aient mis le pays en faillite, l’invasion du Koweït par Saddam – ostensiblement pour les forcer à cracher « les dettes de guerre » - a résulté en la première Guerre du Golfe et les 12 années de sanctions draconiennes de l’ONU qui ont suivi. Les sanctions ont non seulement éliminé la classe moyenne et paralysé ce qui avait été un des meilleurs systèmes de santé publique et d’éducation de la région, elles ont aussi poussé les femmes irakiennes dans des situations impossibles.

Avec une dévaluation du dinar de 3.000%, des mères, dont beaucoup comme aujourd’hui étaient des veuves de guerre, cheffes de famille, ont été forcées de vendre les meubles de leur living room pour payer des besoins élémentaires comme la nourriture et la médicine. Des filles ont été poussées hors de l’école pour des mariages prématurés ou pour travailler pour soutenir leur famille. Et beaucoup de femmes, même celle avec un doctorat, ont été forcées dans la prostitution.

Institutions élémentaires

Néanmoins, certaines institutions élémentaires étaient maintenues en place. Quand je suis arrivée une première fois en 1997, je me suis liée amitié avec Ahlam, une veuve de guerre, mère de deux enfants qui soutenait sa famille en travaillant dans un salon de coiffure. Elle était avec fierté membre à la fois de l’Union irakienne des coiffeurs et de l’Union irakienne des femmes – une institution de l’état qui intervenait souvent dans les cas de violence domestique et d’arrangements de divorce.

Sortie, je parlais pendant des heures avec les femmes dans son salon, un refuge du monde extérieur et des « surveillants » masculins du ministère de l’Information. C’était un monde de solidarité féminine et de vérités sans fard sur la vie de l’Irak baathiste ; une discussion sur comment survivre quand les rations de l’état s’épuisaient et comment payer les livres scolaires des enfants.

C’était l’époque où Sœur Marie, une solide nonne irakienne francophone qui dirigeait un hôpital privé à Bagdad, devait négocier en noir avec des marchands pour acheter de la pénicilline. Mais c’était aussi encore une époque où des femmes pouvaient avoir un avortement subsidié par l’état dans cet hôpital catholique.

Après l’invasion de 2003, soutenue par des « acclamations féministes » peu sincères de personnes comme Laura Bush et Cherie Blair, les choses sont allées de mal en pire pour les femmes irakiennes. Le salon qu’Ahlam avait réussi à acheter après 12 ans en se serrant la ceinture, a bientôt été menacé par des extrémistes nouvellement renforcés ; elle a dû retirer sa fille de 13 ans de l’école comme mesure de précaution et les kidnappings et les viols étaient très fréquents.

De la laïcité au sectarisme

Alors que le pays - et son ancien code civil – passait de la laïcité au sectarisme, des églises ont été incendiées par des bombes pour la première fois depuis toujours, et la vie est devenue encore plus une lutte pour la survie.

Mais néanmoins, les femmes irakiennes résistaient. Des femmes comme la militante chrétienne Hanaa Edwar, une personne énergique qui avait autrefois confronté des parlementaires masculins pendant le hiatus de 9 mois de 2010, quand des politiciens maquignonnaient et se querellaient tandis que des millions de veuves et d’orphelins languissaient, en criant sur eux et en réclamant qu’ils s’occupent réellement des affaires de l’état.

Edwar dirige Amal, une ONG de la base qui assiste des femmes et des enfants et déborde le clivage sectaire largement dominé par les hommes. Quand je l’ai appelée pour connaître son opinion sur la nouvelle maire, elle semblait exténuée. Ajouté à l’ambitieux programme qu’elle administre qui englobe l’alphabétisation, la formation professionnelle, la prévention de la violence domestique et le renforcement politique des femmes, il y a un nouveau programme pour lutter contre le phénomène post-invasion de l’extrémisme et des déplacés internes.

Alors qu’Ahlam a rejoint les millions de compatriotes qui sont maintenant réfugiés, son salon continue. J’y ai pris le thé, il y a quelques années avec les propriétaires chrétiens et leurs clients de beaucoup de religions ; des femmes qui sont toutes d’accord que les choses étaient tellement mieux « avant ».

Dans une ville avec des voitures équipées de bombes, et la corruption, avec l’ISIL à ses portes, je pense à ces dames dans le parloir de beauté de Bagdad/le refuge et j’admire leur force. Si la nouvelle maire est à moitié aussi résistante que chacune d’elles, il y a encore un certain espoir pour la « cité de la paix ».

Hadani Ditmars est l’auteure de Dancing in the No Fly Zone : a Woman’s Journey Through Iraq (Danser dans la zone sans vols aériens : un voyage d’une femme en Irak) et rapporte sur l’Irak depuis 1997.