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L’émergence du Nouveau parlé orwellien et la mort de la libre expression

lundi 13 juillet 2015, par siawi3

Source : The Rutherford Institute 2015

Par John W. Whitehead

« Si on ne veut pas qu’un homme soit malheureux politiquement, ne lui donnez pas les deux aspects d’une question pour l’inquiéter ; ne lui en donnez qu’un. Encore mieux, ne lui en donnez aucun. Laissez-le oublier qu’il y a quelque chose comme la guerre. Si le gouvernement est inefficient, déséquilibré et fou d’impôts, tout cela vaut tout cela que les gens s’en soucient…Donnez aux gens des concours qu’ils gagnent en se souvenant des mots de chansons populaires ou le nom de capitales où combien de maïs l’Iowa a cultivé l’an dernier. Fourrez-leur pleins de données incombustibles, calez –les dans tant de foutus « faits » qu’ils se sentent rembourrés, mais absolument « brillants » en information. Alors ils sentiront qu’ils pensent, ils acquièrent un sentiment choc de bouger sans bouger. Et ils seront heureux, parce que des faits de ce genre ne changent pas. » ― Ray Bradbury, Fahrenheit 451

Juin 30, 2015 « Information Clearing House » - « Rutherford Institute » - Comment change-t-on la manière de penser des gens ? On commence à changer les mots qu’ils utilisent.

Dans des régimes totalitaires - a.k.a. ( ???) des états policiers – où la conformité et l’acquiescement sont forcés à la pointe d’un fusil chargé, le gouvernement dicte quels, mots sont autorisés et ceux qui ne peuvent l’être. Dans des pays où l’état policier se cache derrière un masque bienveillant et se déguise lui-même comme la tolérance, les citoyens se censurent eux-mêmes, surveillant leurs mots et leurs pensées pour se conformer à l’esprit dicté de la masse.

Même quand les motifs derrière cette réorientation rigidement calibrée du langage social apparaît comme bien intentionné – décourager le racisme, condamner la violence, dénoncer la discrimination et la haine – inévitablement, le résultat final est le même : l’intolérance, l’endoctrinement et l’infantilisme.

C’est du politiquement correcte déguisé comme de la tolérance, de la courtoisie et de l’amour, mais à quoi cela revient réellement est un coup de froid sur la libre expression et la diabolisation de points de vue qui vont à l’encontre de l’élite culturelle.

Comme société, nous sommes devenus affreusement polis, soucieux d’éviter de blesser, et généralement non désireux d’être qualifiés d’intolérant, de haineux, d’esprit étroit, ou n’importe quelles autres étiquettes toxiques qui portent l’insigne de la honte aujourd’hui. Le résultat est une nation où personne ne dit plus ce qu’il pense réellement, du moins si cela va à l’encontre des visions qui prévalent. L’intolérance est la nouvelle lettre cramoisie (??? scarlet letter) de notre journée, un signe à porter avec honte et humiliation, méritant la peur, la répugnance de la société, et le bannissement absolu de la société.

http://www.informationclearinghouse.info/newspeak.JPG

Ne voyez vous pas que tout l’objectif du Nouveau parlé est de rétrécir la gamme de pensée ? A la fin, on rendra les crimes de pensée littéralement impossibles, parce qu’il n’y aura pas de mots avec lesquelles les exprimer. George Orwell

Pour ces « haïsseurs » qui osent exprimer une opinion différente, le châtiment sera rapide : on leur fera honte, on leur dira de se taire, ils seront réduits au silence, censurés, licenciés, chassés et en général relégués à l’amas de poussière de tyrans ignorants, mesquins qui sont coupables de « crimes de mot » variés.

Nous sommes entrés dans un âge nouveau, comme le note le commentateur Mark Steyn : « On doit marcher sur la pointe des pieds autour de coquilles d’œuf de plus en plus minces » et « les forces de la tolérance » sont intolérantes pour tout ce qui est moins qu’une approbation commémorative à part entière.

Dans un tel climat d’intolérance, il ne peut y avoir de liberté de parole, d’expression ou de pensée.

Pourtant, ce que les forces du politiquement correct ne réalisent pas est qu’elles ont une dette envers ces soi-disant « haïsseurs » qui ont maintenu robuste le Premier amendement. Depuis des Néo-nazis portant la swatika (swastika-wearing Neo-Nazis) en marchant dans Skokie, Illinois, et des brûleurs de croix (cross burners) mineurs jusqu’à des manifestants « Dieu hait les pédés » assemblés près de funérailles militaires, (“God hates fags” protesters assembled near military funerals,) ceux qui par inadvertance ont fait le plus pour préserver le droit à la liberté d’expression pour tous ont épousé des visions qu’ils étaient carrément impopulaires, sinon odieuses.

Jusqu’à récemment, la Cour suprême US a réitéré que le premier amendement empêche le gouvernement de proscrire des discours, ou même une conduite expressive parce qu’il désapprouve les idées exprimées. Cependant, cette tolérance longtemps vantée imposée par la Cour pour un discours « intolérant » a maintenant donné lieu à un paradigme dans lequel le gouvernement peut librement discriminer contre l’activité du Premier amendement qui a lieu au sein même du forum gouvernemental. Justifiant une telle discrimination comme « un discours gouvernemental » la Cour a jugé que le Département du Texas de véhicules motorisés pouvait refuser de produire comme permis spécial, des plaques représentant le drapeau de la bataille des Confédérés. Pourquoi ? Parce que c’était considéré comme offensant.

Le jugement de la Cour est venu à la suite de tirs dans lequel un tireur blanc de 21 ans avaient tué neuf Afro-américains pendant une étude de la Bible pendant un mercredi soir, dans une église à Charlestone, N.C . Les deux événements couplés avec le fait que le tireur, Dylann Roof, était représenté sur plusieurs sites sociaux médiatiques avec un drapeau confédéré a eu pour résultat une ruée chargée émotionnellement pour expurger les places publiques de la nation de tout ce qui sent le racisme, en commençant avec le drapeau confédéré et augmenté démesurément d’une liste qui inclut le retrait de divers monuments de la guerre civile.

Ces tactiques n’ont rien de nouveau. Cette nation, née avec des racines puritaines, a toujours lutté pour équilibrer son amour de la liberté avec son besoin moralisateur de censurer des livres, de la musique, de l’art, le langage, des symboles etc. Comme auteur, Ray Bradbury, note : « Il y a plus d’un moyen pour brûler un livre. Et le monde est plein de gens courant ça et là avec des allumettes allumées. »

En effet, grâce à la montée du politiquement correct, la population des brûleurs de livres, de censeurs et de juges a beaucoup augmenté au cours des années de sorte qu’elle passe par toute la gamme de ceux qui sont à gauche vers ceux qui sont à droite et tout entre les deux. En éliminant des mots, des phrases et des symboles du discours public, les autorités constituées sont en train de semer la haine, la méfiance et la paranoïa. En refoulant les opinions dissidentes, elles créent une casserole à pression de misère réprimée qui finalement explosera.

Par exemple, le mot « Noël » est maintenant tabou dans les écoles publiques, comme est le mot « fusil ». Mêmes des dessins enfantins de soldats résultent en une détention ou une suspension avec une politique rigide de tolérance zéro. Dans les campus universitaires, on utilise des avertissements de réaction pour mettre en garde des étudiants sur tout matériel qu’ils pourraient lire, voir ou entendre qui pourrait les bouleverser, alors que des zones d’expression libre limite quiconque souhaitant communiquer un point de vue particulier à un endroit spécialement désigné sur le campus. Les choses sont devenues si graves que des comédiens comme Chris Rock et Jerry Seinfeld refusent d’encore présenter des numéros de discussion à des bandes d’étudiants.

Le pays subit clairement une dépression nerveuse et les médias d’informations contribuent à nous pousser au bord de l’insanité en nous bombardant de couvertures d’information enveloppantes et des cycles d’informations qui changent tous les quelques jours.

De cette manière, il est difficile de penser ou de débattre, et encore moins de se focaliser sur une seule chose – notamment de responsabiliser le gouvernement pour qu’il se conforme à la loi – et les autorités constituées comprennent cela.

Comme je l’explique dans mon livre Battlefield America : The War on the American People, (Champ de bataille Amérique : La guerre contre le people américain), des programmes réguliers de futilités et/ou de divertissements maintiennent la population branchée sur les divers grands titres annoncés et les spectacles de variété et la décroche des empiétements réguliers du gouvernement de nos libertés. Ces distractions et diversions, tours de passe-passe, sont comment on contrôle une population, soit par inadvertance ou intentionnellement, en mettant en avant un programme politique sans grande opposition de la part des citoyens.

Le professeur Jacques Ellul a étudié le phénomène d’informations écrasantes, des faibles mémoires et l’usage de la propagande pour faire passer des programmes cachés. « Une pensée chasse l’autre ; d’anciens faits sont repoussés par les nouveaux, » a écrit Ellul.

Dans ces conditions, il ne peut pas y avoir de réflexion. Et en réalité, l’homme moderne ne pense pas aux problèmes actuels ; il les ressent. Il réagit, mais il ne les comprend plus pas plus qu’il ne prend se responsabilités pour eux. Il est même moins capable de repérer une quelconque incohérence entre les faits successifs ; la capacité de l’homme d’oublier est illimitée. Ceci est un des points les plus importants et utiles pour les propagandistes, qui peuvent toujours être sûrs qu’un thème de propagande particulier, une déclaration ou un événement sera oublié en quelques semaines.

Déjà l’indignation au sujet des tirs et le racisme à Charleston disparaissent des grands titres de l’information, pourtant la détermination de censurer le symbole confédéré reste. Avant longtemps, nous le censurerons de nos pensées, l’expurgerons de nos livres d’histoire, et l’éradiquerons de nos monuments sans même rappeler pourquoi. Reste la question, bien sûr, quel est le prochain sur la liste à interdire ?

C’était pour préserver l’individualité et l’indépendance que James Madison, l’auteur du Projet de loi des Droits, a lutté pour un Premier amendement qui protégeait la « minorité » contre la majorité, assurant que même confrontée à une pression intense, une minorité d’une personne – qui épousait même des points de vue désagréables - aurait encore le droit de parler librement, de prier librement, d’assembler librement, de contester librement le gouvernement, et diffuser ses opinions librement dans la presse.

La liberté de ceux dans la minorité impopulaire constitue la tolérance ultime dans une société libre. Inversement, quand on ne respecte pas les préceptes de Madison au sujet d’une plus grande tolérance pour tous les points de vue, mêmes déplaisants, cela se termine toujours de la même façon : des citoyens endoctrinés, infantilisés qui marchent dans le blocage avec le régime gouvernemental.

Certains des livres les plus dystopian (un endroit imaginaire où tout et aussi moche que possible) du siècle passé, montrent ce qui arrive quand les masses sont transformées en automates stupides. Dans Ray Bradbury’s Fahrenheit 451, lire est interdit et les livres sont brûlés afin de supprimer toutes les idées dissidentes, tandis que des divertissements télévisés sont utiliser pour anesthésier les masses et les rendre plus facilement calmées, détournées et contrôlées.

Dans Aldous Huxley’s Brave New World, la littérature sérieuse, la pensée scientifique et l’expérimentation sont interdits, détournés comme subversifs, tandis que la réflexion critique est découragée par l’utilisation de tabous sociaux qui conditionnent et une éducation inférieure. De même, des expressions d’individualisme, d’indépendance et de moralité sont considérées comme vulgaires et anormales.

Et dans George Orwell’s 1984, Big Brother se débarrasse de tous les mots et significations indésirables inutiles, allant même aussi loin à réécrire systématiquement l’histoire et à punir « les crimes de réflexion ». Dans cette vision dystopian de l’avenir, la Police de la Pensée sert d’yeux et d’oreilles de Big Brother, tandis que le Ministre de la Paix s’occupe de guerre et de défense, le Ministre de l’Abondance s’occupe des affaires économiques (rationnement et famine), le Ministre de l’Amour s’occupe d’ordre public (torture et lavage de cerveau), et le Ministre de la Vérité, s’occupe de l’information, des divertissements, de l’éducation et de l’art (propagande). Les devises d’Oceania : LA GUERRE EST LA PAIX, LA LIBERTE EST L’ESCLAVAGE, et l’IGNORANCE EST LA FORCE .

Tous les trois - Bradbury, Huxley et Orwell – avaient un tour de main sinistre pour imaginer le futur, pourtant, c’est Orwell qui a le mieux compris le pouvoir du langage pour manipuler les masses. Le Big Brother d’Orwell faisait confiance au Nouveau parlé (Newspeak) pour éliminer les mots indésirables, enlever de tels mots comme des restes d’opinions inorthodoxes et rendre des pensées indépendantes non-approuvées – par le gouvernement tout à fait inutiles. Pour donner un seul exemple, comme le psychologue Erich Fromm l’a illustré dans son épilogue de 1984 :

Le mot libre existe encore dans le Nouveau parlé mais ne pouvait être utilisé que dans des déclarations comme « Ce chien est libre de poux » ou « Ce champ est libre de mauvaises herbes. » On ne pouvait pas l’utiliser dans le vieux sens de « libre politiquement » ou « libre intellectuellement, » puisque la liberté politique et intellectuelle n’existaient plus comme concepts…

Où nous nous trouvons maintenant, c’est à la conjoncture du Vieux parlé (où les mots ont du sens, et les idées peuvent être dangereuses) et le Nouveau parlé ( où uniquement ce qui est « sans danger » et « accepté » par la majorité est permis). L’élite au pouvoir a rendu ses intentions claires : elle poursuivra et persécutera tout mot et tous les mots, pensées et expressions qui contestent leur autorité.

C’est le lien final dans une chaîne d’état policier.

Ayant été réduite à une population tremblante – muette face à des autorités élues qui refuse de nous représenter, désarmée face à la brutalité policière, impuissante face aux tactiques militarisées et à la technologie qui nous traitent comme des ennemis combattant sur un champ de bataille, et nue face à la surveillance gouvernementale qui voit et entend tout – il ne nous reste aucun endroit où aller. Nous sommes le dos au mur. A partir de maintenant, nous n’avons plus que deux choix : continuer à lutter, ou capituler et trahir ceux que nous aimons, nos amis et nous-mêmes, en insistant comme le fait Winston Smith dont on a lavé le cerveau à la fin de 1984 d’Orwell, que oui, 2+2 égalent 5.

John W. Whitehead est un avocat et un écrivain qui a écrit, débattu et largement travaillé dans le domaine du droit constitutionnel et des droits humains. La préoccupation de Whitehead pour les persécutés et les opprimés l’ont conduit, en 1982, à créer The Rutherford Institute, une organisation sans but lucratif de libertés civiles et de droits humains dont les quartiers généraux internationaux sont situés à Charlottesville, Virginie. Whitehead est le président de l’Institut et son porte-parole, en plus d’écrire un commentaire hebdomadaire qui est posté sur le site internet de l’Institut Rutherford (www.rutherford.org),et qui est aussi distribué dans plusieurs centaines de journaux et qui accueille une campagne nationale publique de service radio - https://www.rutherford.org

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